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Union CCCM / CCA

La coopération défie les frontières linguistiques

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« On parle ici de la création d'une nouvelle entité bilingue, qui pourrait parler d'une voix forte au niveau des gouvernements et qui pourrait mieux desservir, sans duplicata, les coopératives à travers le Canada. » - Marthe Hamelin, présidente du CCCM.
Photo: N.Falcimaigne
Halifax —

Créer des liens coop. C'est le thème du Congrès qui a réuni le mouvement coopératif canadien à Halifax du 27 au 29 juin dernier. Francophones et anglophones de partout au Canada ont consacré leur semaine à discuter ensemble de la création d'une organisation qui regrouperait tout le mouvement coopératif du Canada, sans distinction linguistique. Cette question soulève évidemment l'enjeu de la protection des minorités francophones. Le mouvement coopératif réussira-t-il à surmonter l'obstacle redouté par toute la classe politique canadienne ? Une occasion de vérifier si la coopération se passe de frontières.

Les mouvements coopératifs francophone et anglophone canadiens n'avaient pas tenu un congrès conjoint depuis celui de 2008 à Winnipeg. Cette fois-ci, ce sont les membres du Conseil canadien de la coopération et de la mutualité (CCCM), de l'Association des coopératives du Canada (ACC), du Conseil coopératif acadien de la Nouvelle-Écosse (CCANÉ) et du Nova Scotia Co-operative Council (NSCC) qui ont délibéré ensemble.

Vers une seule organisation coopérative canadienne

La proposition d'intégrer les deux organisations nationales en une seule est le résultat de deux années de discussion menées par un comité de partenariat composé de représentants des deux organisations. Si des lignes directrices et des principes généraux de gouvernance ont été établis par ce comité, les 200 participants au congrès ont tout de même eu à discuter de nombreux éléments pour être en mesure de se prononcer en assemblée générale sur la création d'une nouvelle entité. « On parle ici de la création d'une nouvelle entité bilingue, qui pourrait parler d'une voix forte au niveau des gouvernements et qui pourrait mieux desservir, sans duplicata, les coopératives à travers le Canada. On a eu beaucoup de résolutions et d'amendements, mais je pense que les membres, puisque nos membres des conseils provinciaux étaient très informés, sont prêts à faire un pas et à consacrer tous leurs efforts à l'année 2012, qui sera une vitrine pour les coopératives à la grandeur du Canada. », précise Marthe Hamelin, présidente du CCCM.

Claude Gauthier, président de l'ACC, tout aussi enthousiaste, admet qu'il y a encore du chemin à faire. « Il faut être patients et s'assurer qu'on comprend bien les étapes à franchir. Il va falloir travailler sur ce que nos membres et notre communauté nous disent, en regard de ce qu'on propose et qui est un projet très global pour l'instant. La prochaine étape, c'est d'ajuster les détails définitifs en fonction de ce qu'on a appris et compris. C'est à nous d'ajuster le projet pour être sûrs qu'on rejoint une bonne majorité de notre membership. »

Du côté du comité de partenariat, on salue le chemin parcouru. « J'ai participé au comité de partenariat et je vois qu'il y a eu beaucoup de travail de fait, reconnaît Hélène Simard, présidente du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité (CQCM). Pour mieux se connaître, pour comprendre les organisations, les cultures organisationnelles, et essayer de bâtir, dans une perspective d'avenir, dans le respect des communautés et de l'identité des deux institutions fondatrices. »

La nouvelle génération de coopérateurs semble déjà avoir relégué les clivages linguistiques au rang de reliques du passé. Victoria Morris, présidente du National Youth Caucus de l'ACC, pense qu'il est temps de passer à autre chose. « Nous voulons dépasser le paradigme de réalités séparées pour travailler ensemble. Parce que nous voyons qu'il y a plus d'opportunités à créer quelque chose de plus grand. »

Au nombre des six grandes coopératives dont dépendra la nouvelle organisation, et qui s'y verront confier un siège, le Mouvement Desjardins, premier groupe financier au Québec, est favorable au regroupement et entend y assumer un leadership actif. « Nous y voyons beaucoup d'avantages parce que, simplement de faire comprendre aux Canadiens et aux Canadiennes les avantages du modèle coopératif, ça prend une organisation forte et Desjardins est prête à mettre ses billes, confirme Clément Samson, membre du conseil d'administration à titre de président du Conseil des représentants de Québec-Ouest et Rive-Sud. C'est au nom de nos valeurs, parce qu'on partage les mêmes valeurs à l'échelle canadienne, les valeurs coopératives, et on partage notamment celle de l'intercoopération, où on met ensemble des coopératives de moins grande taille et de plus grande taille, et nous sommes conscients qu'on a un rôle à jouer. On voit ça d'un bon œil de pouvoir partager autour d'une seule table nos défis et nos ambitions. »

Débats linguistiques dans le berceau de l'Acadie

Le gouvernement néo-démocrate de la Nouvelle-Écosse, province anglophone qui est aussi le berceau de l'Amérique française, a probablement délégué pour cette occasion son plus fervent francophile. C'est le ministre des Finances, Graham Steele, qui s'est adressé aux coopérateurs, principalement dans un  français impeccable. Interrogé en marge de l'événement, celui qui a la responsabilité des caisses populaires admet s'être lui-même questionné sur la pertinence de garder deux organisations différentes dans la même province. « Le Conseil coopératif acadien est assez petit, et basé à Chéticamp, il est un reflet de l'histoire de cette région, explique-t-il. Peut-être qu'ils ont peur de perdre la nature francophone de leur organisation s'il y a une fusion avec le réseau anglophone. Ici la population acadienne est seulement 3%, située dans des communautés isolées, et il y a toujours la crainte d'être assimilée dans un océan anglophone. C'est une question intéressante, la question de l'unité, qui va être posée au congrès, non seulement en Nouvelle-Écosse mais également au pays, de fusionner ces deux organismes. »

Cette crainte trouve son écho chez les plus jeunes générations. Mélissa Basque fait partie du Comité consultatif jeunesse créé par la Fédération des caisses populaires acadiennes. C'est sa passion pour les coopératives qui l'a amenée à s'engager dans sa communauté de Tracadie-Sheila. « C'est sûr qu'on est toujours un peu inquiets. Quand tu vis près des Anglais, tu t'aperçois que, parfois, ils essaient de tirer la couverture un peu plus vers eux. Tu as toujours peur de perdre ta langue parce qu'on est minoritaires, ils sont beaucoup plus nombreux que nous. Tu as peur qu'ils se lèvent debout et qu'ils disent : "Nous autres, ont est beaucoup plus nombreux. On a le droit à ça, à ça et ça, pis vous autres vous êtes moins, fait que vous avez le droit à moins." Surtout que nous, la jeunesse, on a un droit de vote au CCCM, et eux ne l'ont pas au CCA. On a peur de perdre ça aussi. On a tout le temps peur qu'ils essaient de prendre le dessus. Un Français, quand il rencontre un Anglais, la première chose qu'il fait c'est qu'il parle anglais. Il change sa langue et il parle anglais. Tu as toujours peur de te faire assimiler, c'est toujours une inquiétude. »

Marco Plourde, président des jeunes coopérateurs et mutualistes du Canada, est aussi le responsable du Comité consultatif jeunesse des Caisses acadiennes. Il confirme que les délégations jeunesse du CCCM et de l'ACC n'ont pas les mêmes pouvoirs. « On ne veut pas perdre nos acquis, parce qu'on s'est quand même mobilisés pour avoir le poste qu'on a présentement, qui n'existe pas du côté anglophone. Donc si les deux organisations se marient pour former une nouvelle entité, c'est sûr qu'on ne veut pas perdre ça. Les mentions qui ont été faites hier d'avoir deux postes jeunesse correspondent à qu'on voulait : avoir un représentant francophone et un représentant anglophone qui siègent au niveau du conseil d'administration pour apporter la diversité des deux côtés parce que c'est pas toujours pareil mais ça prend quand même une bonne information. »

Autre génération, même son de cloche. Coopérateur d'expérience, Marcel Garvie est président de Coop Atlantique et administrateur de l'ACC. « J'ai des inquiétudes parce que ça fait déjà 18 mois qu'on brasse cette idée-là, et d'entendre qu'une des organisations nationales se dit pas prête et dit vouloir aller consulter encore ses membres, c'est toujours un peu inquiétant. Est-ce qu'il y a anguille sous roche ? Pourquoi retarder indéfiniment ? En tant que président Coop Atlantique, je suis le seul représentant d'un organisme officiellement bilingue. Nous, on vit ça au quotidien, au Nouveau-Brunswick, cette méfiance entre les deux groupes linguistiques. Je ne suis pas surpris de la voir au niveau national. Rappelons-nous tout simplement l'échec du Lac Meech, par exemple. Au début, on était tous d'accord avec le principe général, ensuite on s'est mis à faire des caucus dans les chambres, et puis un beau matin, on s'est rendus compte que les anglophones ne voulaient plus embarquer. C'est ce qui risque d'arriver, c'est un danger réel. »

Interrogés sur la protection des minorités linguistiques, les présidents du CCCM et de l'ACC affirment avoir à cœur la représentation de la diversité. Mme Hamelin pense « que le conseil d'administration va s'assurer que, même si les grandes coopératives francophones et anglophones sont représentées et ont des sièges au conseil d'administration, la diversité de l'est à l'ouest, en français et en anglais, sera à la table. Les petits n'ont pas à s'inquiéter, je pense qu'ils auront une place et on leur fera une place. » Pour M. Gauthier, au-delà des structures, la question linguistique doit trouver sa réponse dans l'engagement des membres. « L'intention aujourd'hui est très claire, mais avec les années, quand les gens se remplacent, la dynamique change. Si la communauté francophone perd de vue ce besoin-là elle-même, les gens qui la représentent vont mettre moins de priorité là-dessus. Ça dépend entièrement de la communauté francophone. Il faut qu'elle continue à jouer son rôle et d'être claire. »

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