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Entrevue - Frais de scolarité: qui doit payer?

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Omar Aktouf est professeur titulaire à l'école des Hautes études commerciales, et donc à la fois au cœur d'une institution universitaire et d'une pouponnière de la finance.
Photo: N.Falcimaigne
Montréal —

Il y a quelques semaines, Lux Éditeur publiait un petit livre intitulé Université inc. Des mythes sur la hausse des frais de scolarité et l'économie du savoir, par Eric Martin et Maxime Ouellet, un ouvrage auquel ont également contribué Guy Rocher, Lise Payette, Omar Aktouf et Victor-Lévy Beaulieu. Omar Aktouf est aussi professeur titulaire à l'école des Hautes études commerciales, et donc à la fois au cœur d'une institution universitaire et d'une pouponnière de la finance. Il est aux premières loges de cette relation entre l'élite financière et le monde de l'éducation, qui est en question dans cet ouvrage. Alors que des milliers d'étudiants sont dans la rue pour s'opposer à la hausse des frais de scolarité, le journal Ensemble l'a rencontré pour connaître le fond de sa pensée.

En ce jeudi 22 mars, des milliers d'étudiants envahissent les rues pour s'opposer à la hausse des frais de scolarité, qui a été confirmée dans le budget déposé par le gouvernement Charest cette semaine. La mobilisation étudiante a bloqué l'autoroute métropolitaine il y a quelques jours, et ensuite le pont Champlain. La réaction de la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, est de nature à diviser la population, selon Omar Aktouf, professeur titulaire aux HEC. Selon la ministre, «les étudiants qui revendiquent la gratuité de leurs études universitaires doivent réaliser qu'ils sont en train d'écœurer les travailleurs, à qui ils veulent refiler toute la facture.»

C'est une analyse qu'il balaie du revers de la main, la taxant de démagogie. «Ce qu'elle essaie de faire, c'est dresser les travailleurs contre les étudiants.» Il rappelle les événements de mai 68 en France, où «ce sont les étudiants qui ont rejoint les travailleurs. Ça a fait déguerpir De Gaulle et changer radicalement la politique française. C'est ça qu'ils essaient d'éviter.»

«On va dresser les parents contre les enfants, les travailleurs contre les étudiants, alors que c'est de la démagogie pure! Un peuple éduqué, c'est un peuple qui avance, pour tout le monde. C'est un peuple qui améliore son sort, alors tout le monde a intérêt à être éduqué. Et pour éduquer tout le monde il faut que l'éducation soit gratuite, laïque, obligatoire, ouverte à tout le monde. Mais là, on nous fait croire que si l'étudiant ne paie pas, c'est le contribuable qui paie pour lui.»

Qui doit payer?

Dans sa contribution au livre Université inc., un chapitre intitulé La marchandisation de l’éducation et le faux alibi de la pauvreté de l’État au Québec, Omar Aktouf s'emploie à démontrer que l'État dispose de plusieurs autres sources de financement.

Entre autres, à partir de données qui datent de 2008, il évalue que par l'harmonisation des deux taxes à la consommation fédéral-provincial, il serait possible de récupérer plus de 2 milliards $. L'interruption des «cadeaux» aux entreprises profitables ramènerait 5 milliards, tandis que la récupération de l’évasion fiscale annuelle rapatrierait 8 milliards au trésor public. Il propose aussi le renoncement aux réductions d'impôts aux particuliers, le plafonnement des REER, la hausse de l'imposition des gains en capitaux, le «retrait des cadeaux aux banques», le rétablissement de la taxe sur le capital et l'établissement d'un impôt minimum sur les sociétés. Avec l'ensemble des mesures proposées, c'est plus de 32 milliards $ que le professeur des HEC estime pouvoir récupérer, ce qui équivaut à la moitié du budget actuel de l'État.

Les entreprises quitteraient-elles le Québec si elles étaient plus imposées? Dans son chapitre, le professeur cite l'exemple de la Suède, «un des pays les plus compétitifs de la planète et dont le PNB est composé à 56% d’impôts», ainsi que le Danemark, «dont les universités sont en très bonne santé financière, et qui donne à chaque étudiant environ mille dollars par mois pour étudier gratuitement».

«Dans les années 1960, au Québec, on a fait le choix de remplacer une société de tarifications aveugles et du chacun-pour-soi par une approche plus collectiviste qui assurait un minimum de soutien aux plus démunis et une redistribution de la richesse. Allons-nous vraiment revenir en arrière sous prétexte que les plus riches, soutenus par des politiciens qui ne sont plus que leurs débiteurs, ne veulent plus faire leur part et essaient de nous faire croire que leur constant enrichissement garantit le bien-être de tous les citoyens et la santé de l’économie?»

Décroissance de l'économie

Selon M. Aktouf, la complicité entre les gouvernements et l'élite financière existe depuis longtemps. Tant que l'économie était en croissance, jusqu'à la fin des années 1970, l'État réussissait à enrichir l'élite financière tout en assurant la prospérité de la classe moyenne.

«Depuis que l'économie réelle dégringole, il n'y a plus les moyens de maintenir cette complicité, de continuer à enrichir sans arrêt les riches qui font élire les gouvernements, et de maintenir l'éducation, la santé et les programmes sociaux. Il n'y a plus ces moyens, alors ils nous disent: "On est pauvre, on n'a pas les moyens, il faut se serrer la ceinture, on vit au-dessus de nos moyens". C'est ça qu'ils nous chantent», explique-t-il.

Protéger les services publics

Tout en maintenant la hausse des frais de scolarité, le budget de mardi inclut des investissements de plus de 200 millions pour le maintien à domicile. Et si des personnes âgées bloquaient le pont Champlain pour protéger le financement des soins de santé et des services sociaux? Les accuserait-on de «refiler la facture» aux jeunes générations? Questionné sur cette apparente contradiction, M. Aktouf dresse un parallèle direct entre le financement de la santé et celui de l'éducation.

Pour le professeur, cette annonce de financement de la santé masque un désengagement global beaucoup plus important : moins d'infirmières, moins de médecins, des milliers de Québécois sans médecin de famille etc. La santé et l'éducation sont devant le même défi: protéger les services publics. «Université inc., ça a été essentiellement une forme d'analyse de comment et pourquoi le système capitaliste dominant a intérêt à ce que les études soient payantes.»

Un extrait du livre est éloquent à ce sujet: «le gouvernement sait très bien ce qu’il fait en augmentant le prix des études et en livrant les universités au financement privé. Il transforme le citoyen-étudiant en reproducteur du système que souhaitent les riches. En effet, au terme de ses études, le diplômé se souciera avant tout de rembourser ce qu’il aura dû emprunter, puis de s’enrichir (au lieu de soigner ou d’enseigner, par exemple) pour pouvoir entre autres payer des études à ses enfants. Ainsi, la recherche universitaire ne sera plus qu’un mode de production d’idéologies patronales et l’université, une usine à brevets générateurs de revenus corporatifs maximaux et rapides.»

Privatisation

En santé comme en éducation, la privatisation est en cours. Il cite en exemple le nombre croissant des cliniques de santé privées, et dénonce le mode de financement des chaires de recherche universitaires, commanditées par des entreprises privées: «des centaines de milliers de $, que l'entreprise met en fiducie, et c'est sur l'intérêt que le groupe de recherche se finance.»

L'argent continue à servir à faire des affaires, poursuit-t-il, mais l'intérêt qu'il génère est donné aux chercheurs pour produire de la connaissance. Celle ci sera orientée avant tout pour servir les intérêts du commanditaire privé. «Ils ont donc gratuitement des études universitaires produites par des moyens publics. Ils privatisent des découvertes pour faire encore plus d'argent, s'indigne-t-il. Voilà comment on domestique l'université: on la met entre les mains du privé.»

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