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Conférences de la Coopérative de solidarité L’AgitéE - La mobilisation étudiante face au néolibéralisme

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André Drainville croit qu'on évaluera la réussite de la grève étudiante non pas dans sa capacité à bloquer la loi sur la hausse des frais de scolarité, mais plutôt dans sa volonté à prendre part localement à la résistance globale contre le néolibéralisme.
Photo: Marc Robitaille, Au fil des événements
Québec —

Professeur au département de sociologie de l’Université Laval, André Drainville consacre ses travaux de recherche aux mouvements sociaux et à l’économie politique internationale critique. Le 24 avril dernier, dans le cadre des conférences de la Coopérative de solidarité L’AgitéE à Québec, il est venu parler de la question de la grève étudiante en la situant dans le contexte du néolibéralisme.

Pour André Drainville, on ne peut pleinement apprécier la valeur de la présente mobilisation étudiante sans comprendre ce qu’elle a d’universel. À se fier aux discours du gouvernement, le mouvement étudiant ne serait qu’une réaction prévisible face à une mesure essentiellement fiscale. La grève est ainsi perçue comme le contrecoup inévitable qui suit toute hausse de tarifs, les individus préférant habituellement payer moins plutôt que payer plus. Cette vision méprisante du mouvement étudiant fait ombrage à l’universalité de la mobilisation. Ce n’est qu’en regardant au-delà et à travers cette rhétorique que l’on peut comprendre la substance de la grève étudiante de 2012 dans son contexte historique.

L’université néolibérale et la résistance étudiante

Selon André Drainville, le capitalisme n’existe pas «en général», c’est-à-dire de manière idéale et abstraite. Plutôt, le capitalisme a perpétuellement à se refaire peau neuve et à s’adapter aux nouvelles réalités historiques ainsi qu’aux nouveaux espaces qu’il cherche à occuper. Le néolibéralisme peut ainsi être compris en tant qu’un mode d’organisation du capitalisme, spécifique à notre époque.

L’université est un des lieux spécifiques dans lequel le capitalisme néolibéral cherche à s’implanter. Pour Drainville, la hausse des frais de scolarités ne représente qu’un des multiples changements entraînés par cette intrusion dans le monde universitaire. L’université néolibérale, c’est aussi: la précarité d’emploi des chargés de cours, la réduction du nombre de postes permanents de professeurs, la présence intensifiée d’administrateurs issus du monde des affaires, les freedom speech zones aux États-Unis... L’université néolibérale provoque aussi des changements majeurs au niveau de la pédagogie et de la relation au savoir. Un exemple cité par le professeur est celui de l’approche par compétences. Plutôt que d’enseigner des connaissances, ce paradigme prône l’enseignement de comportements. On s’attend ainsi à ce qu’une fois diplômés, les étudiants aient intégré une série de «bons comportements» conformes aux attentes du marché du travail. Pour Drainville, ceci représente une attaque directe aux formes de savoir préexistantes, menant à l’érosion de l’université en tant que lieu relativement autonome.

C’est dans ce contexte qu’apparaît la grève étudiante de 2012. Elle est la réponse à une poussée néolibérale agressive qui tente de gouverner les milieux universitaires et les refaire à l’image de la nouvelle économie. Mais cette réponse n’est pas isolée, ni géographiquement ni historiquement. Le grand déploiement de la résistance au néolibéralisme s’effectue dans la longue durée et va des petits gestes quotidiens aux moments de mobilisation générale. Pour ne nommer que quelques dates, Drainville nous rappelle les grèves récentes: la grève étudiante de l’Université York en 2010, la grève des étudiants britanniques également en 2010, la grève des étudiants québécois de 2005, etc. On doit aussi considérer que la grève de 2012 est en continuité avec l’histoire passée du mouvement étudiant au Québec: 1958, 1968, 1974, 1978, 1990 et 1994 ont toutes vu éclore des mobilisations étudiantes.

Une brève histoire du néolibéralisme

Drainville situe la naissance de ce nouveau mode d’organisation du capitalisme en 1973. Cette année est en effet marquée par plusieurs crises qui forcent l’économie capitaliste à se reconfigurer: crise pétrolière, crise monétaire américaine, stagflation économique et crise de l’État-nation. Avant cette crise, l’État-Nation était le lieu d’organisation privilégié de l’économie capitaliste. Bien que le commerce international existait déjà, il était cependant incrusté dans des structures nationales. Après 1973, l’économie capitaliste choisit de s’organiser à l’échelle transnationale. Les lieux où se dessinent la forme et la structure de l’économie mondiale se distancient alors des États. Drainville cite l’exemple de la Commission Trilatérale, de la Banque des règlements internationaux et des bureaux de la Réserve fédérale américaine. C’est à partir de ces lieux, inaccessibles à la majorité des représentants élus des États-Nations, que le capitalisme globalisé cherche à se constituer.

Libéré des obligations sociales qu’il se voyait imposé par les démocraties nationales, le capitalisme néolibéral a entamé une refonte de l’économie mondiale. La phrase «there is no such thing as society» de Margaret Thatcher symbolise cette première phase du néolibéralisme, caractérisée par la discipline sanguinaire du marché. Programmes d’ajustement structurel du FMI, privatisations et dérèglementations monétaires: toutes ces mesures s’appuient sur l’idée voulant que ni les gouvernements ni les marchés n’ont d’obligation sociale. Drainville qualifie cette première vague néolibérale d’échec: une série de crises monétaires et financières frappent la planète, l’instabilité politique va en augmentant alors que se mobilisent les forces populaires. Ce néolibéralisme initial a donc failli dans son rejet de l’existence de la société et a dû retrouver un quelconque ancrage social.

Drainville nomme «gouverne globale» cette configuration idéologique qui cherche aujourd’hui à socialiser le néolibéralisme. Puisque le néolibéralisme s’est coupé des formations sociales nationales et qu’il n’a aucun goût de s’y ré-enraciner, il se doit d’inventer une société transnationale faite à son image. C’est cette dernière qui légitimera son projet économique transnational. La gouverne globale représente donc une série de pratiques et de discours qui ont pour but de permettre au projet néolibéral de se poursuivre tout en apaisant et en formalisant ces forces sociales qui lui sont antagonistes. Drainville cite ici l’exemple des «chantiers sociaux» créés sous Lucien Bouchard, ou encore des tables de concertation multiples auxquelles on invite des acteurs de la société civile (ONGs et cie) à discuter avec des acteurs gouvernementaux et corporatifs. Ces chantiers donnent à des citoyens sélectionnés le droit de participer au débat public, mais seulement à l’intérieur de zones et de moments restreints et contrôlés. Sous le vocable d’acceptabilité sociale, le néolibéralisme cherche aujourd’hui à devenir légitime en fabricant une société civile diluée et pacifiée.

L’histoire du mouvement étudiant au Québec, comme celle des mouvements de résistance au néolibéralisme, n’a pas commencé avec la hausse proposée par le gouvernement Charest. Elle ne finira donc pas par le gel ou le dégel des frais de scolarité. André Drainville croit qu'on évaluera la réussite de la grève étudiante non pas dans sa capacité à bloquer la loi sur la hausse des frais de scolarité, mais plutôt dans sa volonté à prendre part localement à la résistance globale contre le néolibéralisme.

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