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Éditorial - Élections: qui décide de ce que nous devons savoir?

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Raymond Corriveau, comme bien des citoyens du Québec, a cherché à s'informer adéquatement malgré la période estivale, pour l'élection du 4 septembre.
Photo: Nicolas Falcimaigne
Saint-Boniface —

«Il ne suffit pas de torturer un texte pour le faire parler», affirmait le juge Baudoin cité par le juge Émond dans l’affaire Aussant contre les télédiffuseurs québécois. Nous avons été frappé de retrouver, dans la décision du juge Émond, cette citation du juge Baudoin tirée de l’affaire Mario Dumont en 1994 qui voulait lui aussi avoir accès aux grands débats télévisés. Cette phrase est lourde d’intentionnalité et la maintenir ne constitue pas un geste anodin. Les juges, l’un en la formulant et l’autre en la citant de nouveau, nous parlent. Ils nous disent que dans le contexte actuel, aucune interprétation de la loi électorale ne peut lui faire dire ce qu’elle ne dit pas. La loi électorale actuelle ne peut forcer aucune entreprise de presse à inclure un chef de parti ou à modifier une formule médiatique quelconque, les débats sont des émissions d’affaires publiques. Qu’on se le dise.

À nos yeux, d’autres considérations méritent toutefois d’être prises en compte, notamment le rôle encore dominant de la télévision dans la mécanique d’information des Québécois. La non-participation à un évènement médiatique tel que le débat des chefs ou à des rencontres en face à face demeure une privation sévère d’audience et une limitation de la pluralité des voix. Si nous prenons en considération le rôle fondamental de l’information dans nos vies, car c’est elle qui nous oriente dans toutes nos décisions, c’est elle qui nous fait accepter ou refuser ce monde, c’est bien elle qui nous oriente dans chacun de nos gestes; il devient difficile d’accepter que des entreprises décident de ce que nous devons savoir, comprendre ou entendre. On peut accuser les entreprises de presse de plusieurs choses, mais elles ne se cachent pas beaucoup d’être des entreprises. Elles obéissent à des règles commerciales, se régissent de manière stratégique et décident en fonction de leurs intérêts, aussi bien idéologiques qu’économiques. Les jugements des différentes Cours, en voulant respecter la loi, consacrent une situation de fait très troublante. Notre information devient donc sujette à des logiques qui ne rencontrent pas toujours le bien commun. Nous n’avons qu’à penser à l’exclusion de Québec solidaire des rencontres en face à face sur TVA, par exemple. Ici, en plus des exclusions de Québec solidaire et d’Option nationale, la formule même soulève des questions. Cette formule accentue la politique spectacle et nous détourne du contenu politique. La Cité peut-elle mieux se gouverner à la suite de tels affrontements? Mon squelette dans le placard et plus petit que le tien, ma statistique est plus grosse que la tienne, etc. Dans le débat des chefs, la capacité de discourir de Françoise David en a étonné plus d’un, mais il faut aussi souligner comment elle rendait les autres meilleurs. Pensons notamment à ses échanges avec Mme Marois.

De tout cela, un malaise éthique s’installe chez plus d’un, et ce, près de dix ans après les États généraux sur la réforme des institutions démocratiques du Québec. Rien, mais strictement rien de ce qui avait été recommandé par le Rapport Béland n’a été appliqué. Les entreprises de presse, de par leur couverture déconcertante, parfois même à hauteur d’homme, contribuent à nous enfermer dans ce que les artistes québécois nous on fait sentir dans tant d’œuvres; dans un non-avenir collectif. À cet égard, prenons acte du courage du député Maka Kotto sur sa sortie récente lors d’une conférence de presse devant porter sur la culture. Cette vieille politique qui sied si bien aux logiques d’affaires et à la commercialisation de la politique nous renvoie dans un exil intérieur. Exil que des centaines de milliers de jeunes ont refusé le printemps dernier. Le refus des jeunes de s’inscrire dans une telle pratique électorale n’a d’équivalent que la lassitude des plus âgés dans la redite et l’esquive des décisions réelles, dans l’enfermement corpocratique de la démocratie comme le disait Catherine Caron dans la revue Relations de mai dernier.

Notre intention n’est donc pas de torturer le texte de la loi électorale, mais de soulever un questionnement, à savoir si ce texte est bel et bien suffisant et s’il n’aurait pas besoin d’être revu de manière urgente. Sans rien imposer à aucune entreprise de presse, le directeur général des élections pourrait, par exemple, organiser une discussion publique entre tous les chefs de partis qui ont des élus à l’Assemblée nationale. L’usage d’un service public comme Télé-Québec serait parfaitement légitime.

Raymond Corriveau
Professeur en communication sociale (UQTR), ancien président du Conseil de presse et membre du  Centre de recherche interdisciplinaire sur la communication (GRICIS).
Il est coauteur d'un volume sur l'information, qui vient de paraître:
Corriveau, Raymond et Sirois, Guillaume, L’information: la nécessaire perspective citoyenne, PUQ, 2012

 

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