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Entrevue

«Pigiste, pas pigeon!»

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Grève de journalistes allemands en 2011.
Photo: DJV
Bruxelles —

Renate Schroeder défend les intérêts des journalistes depuis près de vingt ans. Directrice de la Fédération européenne des journalistes (FEJ), elle est d’avis que les droits des journalistes indépendants constituent aujourd’hui l’un des enjeux les plus importants touchant la profession.

Le journalisme indépendant gagne-t-il en importance en Europe ?

Le phénomène est en croissance partout sur le continent. Une étude réalisée par la FEJ en 2003 indiquait que, dans certains pays comme la Grèce et la Hongrie, plus de la moitié des journalistes étaient pigistes. D’après nos observations et de nombreux témoignages, cette proportion a encore augmenté depuis. Je crois que c’est dû aux transformations économiques et technologiques, qui créent de la demande pour les journalistes pigistes. Par exemple, c’est aujourd’hui beaucoup plus facile de travailler à distance et à partir de la maison.

La situation doit cependant être différente d’un pays à l’autre…

C’est vrai. Dans certains pays, les journalistes indépendants sont considérés comme des travailleurs, alors qu’ailleurs ils sont considérés comme des entrepreneurs. C’est cette dernière idée qui prime entre autres dans les pays scandinaves. Dans ces cas-là, le gouvernement ne croit pas que les droits des pigistes devraient être soutenus par des politiques publiques ou qu’ils devraient se regrouper pour améliorer leurs conditions de travail. En Serbie, il est même interdit par la loi aux journalistes indépendants d’être représentés par un syndicat.

Les salaires moyens varient aussi d’un pays à l’autre. C’est donc difficile pour la FEJ de déterminer des standards qui devraient s’appliquer partout. Par ailleurs, dans les pays d’Europe de l’Est, les syndicats sont très faibles. C’est particulièrement difficile pour eux de négocier leurs conditions de travail face aux entreprises de presse.

Y a-t-il quand même des points communs à tous les pays ?

Ce qui est partout pareil, c’est que les journalistes font du très bon travail, un travail extrêmement important. Mais les conditions sont précaires. En Allemagne, mon pays d’origine, il y a de plus en plus de pigistes et les conditions sont de moins en moins bonnes. En Italie, il y a trop de jeunes, avec une vision romantique du journalisme, qui entrent dans la profession. Alors certaines personnes sont prêtes à travailler pour un ou deux euros par article.

À l’automne 2011, une quarantaine de journalistes indépendants de Belgique, d’Allemagne, de France, d’Italie, du Royaume-Uni, de Serbie, du Maroc et d’Iran se sont réunis pour témoigner autour une table ronde à Bruxelles. Le constat est choquant, autant pour ce qui est des salaires que du respect des droits d’auteurs.

Croyez-vous que ces conditions difficiles ont des répercussions sur le journalisme dans son ensemble ?

Oui, les droits des journalistes indépendants touchent plusieurs autres enjeux, comme la qualité de l’information et la liberté de la presse. Les pigistes doivent travailler plus et rapidement pour faire un salaire décent, ce qui peut affecter la qualité de leur travail. Aussi, ils ont davantage tendance à se censurer, par peur de perdre de précieux clients.

Comment les freelances européens s’organisent-ils pour faire valoir leurs droits?

L’Association des journalistes professionnels de Belgique, par exemple, a lancé une campagne nommée «Pigiste, pas pigeon!» pour sensibiliser les propriétaires des médias, les politiciens et les écoles de journalisme à cette situation inacceptable. Elle a aussi publié un « Livre Noir » dans lequel des journalistes racontent leurs difficultés quotidiennes.

La FEJ, de son côté, a adopté une charte des droits des journalistes indépendants, qui est un outil de référence de base. Elle a aussi formé un groupe d’experts en droit des indépendants et un groupe d’experts sur les droits d’auteur pour faciliter l’échange d’information et de conseils entre les syndicats membres.

Quel est votre rôle par rapport à cet enjeu?

En bref, mon équipe et moi essayons de convaincre les politiciens qu’il faut soutenir et protéger les droits des journalistes pigistes. Je fais du lobbying auprès des institutions européennes, de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, du Conseil de l’Europe, pour ne nommer que ceux-là. Je rédige des lettres qui sont envoyées pour faire pression sur certains gouvernements, par exemple pour leur demander de changer des lois néfastes.

Et ça porte fruit?

Pas beaucoup, pour être honnête! Les politiciens ont une attitude très néolibérale. Ils sont souvent plus intéressés à donner de la flexibilité aux entreprises qu’à accorder des droits et de la stabilité aux employés. Dans ce contexte, faire des gains devient laborieux.

Sentez-vous tout de même que les journalistes sont plus forts lorsqu’ils se regroupent?

Lorsque les membres de la FEJ se réunissent, à chaque année, on sent qu’on est une communauté unie. C’est peut-être dû au sentiment de crise qui agite la profession, qui nous oblige à travailler ensemble étroitement. En fait, les journalistes sont obligés de se soutenir entre eux parce que la défense de leurs droits est un enjeu paneuropéen, sinon mondial.

Par Roxane Léouzon, pour le journal Ensemble et L'Indépendant

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