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Désordre culturel

Écouter chuchoter les blasons

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Pour découvrir les douze blasons sonores, une sorte de stéthoscope-résonateur est relié au Mobio. C’est lui qui fait vibrer le matériau du mobilier urbain sur lequel on l’applique et qui diffuse des ondes sonores.
Photo: Christine Gilliet
Rouen —

Le groupe Echelle Inconnue a joué à l’automne 2012 de la ville comme d’un instrument en créant un parcours géolocalisé d’une douzaine de blasons sonores. À l’écoute de chaque blason, le court récit d’une personne sans-abri, de son chemin vers l’exclusion, et une question qui nous interpelle, résumant la révolte du philosophe Thomas More du 16e siècle. À cette époque, les paysans éleveurs de moutons ont été privés du bien commun - les pâturages pour leurs moutons - et exclus de la ville de Londres.

Rouen, la «ville aux cent clochers» et aux maisons à colombage, dont les plus anciennes datent du 14e siècle, est une référence pour l’architecture gothique. On se souvient aussi que Jeanne d’Arc y fut emprisonnée et brûlée. Voilà pour l’image offerte aux nombreux touristes qui arpentent les ruelles et les places. Mais quand le promeneur urbain passe la porte d’Echelle Inconnue, c’est une expérience singulière qui lui a été proposée du 25 octobre au 16 décembre 2012, celle d’ «un monument diffus aux sans-abris de Rouen».

Pour découvrir les douze blasons sonores, il faut emprunter un Mobio et un plan du parcours à travers le centre-ville. Placé dans un sac en coton, le Mobio est un boîtier contenant un GPS, un module mp3 et un amplificateur. Une sorte de stéthoscope-résonateur y est relié, c’est lui qui fait vibrer le matériau du mobilier urbain sur lequel on l’applique et qui diffuse des ondes sonores.

La voix des invisibles

Quand on arrive sur le lieu d’un blason sonore, signalé par un mouton peint au pochoir, on est en même temps en face d’un blason patrimonial. L’agneau figure toujours au centre des diverses versions du blason de Rouen qui se sont succédé au fil des siècles, symbolisant l’industrie lainière et la manufacture textile au cœur de l’histoire de la ville. Le promeneur plaque le résonateur sur le mobilier urbain, parfois il doit tâtonner pour trouver la meilleure résonance et approcher son oreille pour capter le son. Mobio propose ainsi une écoute collective, pour un petit groupe, prenant le contrepied de l’écoute individuelle du marcheur avec écouteurs et baladeur.

Une version du blason patrimonial de la ville de Rouen.
Photo: Christine Gilliet

Les sons semblent sortir du mur, de la fontaine, de la gouttière. Dans ce montage se succèdent et parfois se superposent des bêlements de moutons, les voix d’un narrateur et d’une personne en situation de grande précarité et d’exclusion. Ces paroles évoquent le parcours de ceux qui se fracturent à la suite d’un drame familial, d’un accident, de transformations économiques et de crises financières, et surtout, souvent, à cause du cumul de tout ça. Et puis, la phrase de Thomas More interroge: «Quel mouton vous a chassé et vous dévore?»

Ces cassés de la vie - des sans-abri, gens du voyage, immigrants - ont tous participé à des ateliers menés par Echelle Inconnue avec une lecture collective et des réflexions autour d’Utopia, le livre du philosophe anglais, écrit en latin et publié en 1516. En plein essor de l’industrie lainière, l’humaniste dénonce l’instauration de la propriété privée capitaliste par les aristocrates de Londres qui ont constitué de grands élevages de moutons, chassé les paysans et les ont privés de leurs usages collectifs en clôturant les pâturages. Pour les remplacer, ces propriétaires terriens ont engagé des bergers à très bas prix. Les paysans jetés sur les chemins, sans ménagement et sans moyen de subsistance, deviendront des mendiants pour qui le traitement juridique antivagabondage va se durcir drastiquement. «Vos moutons si doux, si faciles à nourrir de peu de chose, mais qui, à ce qu'on m'a dit, commencent à être si gourmands et si indomptables qu'ils dévorent même les hommes», écrivit Thomas More. Pendant ces ateliers, douze participants ont créé leur blason personnel à partir de leurs dessins et montages photo, dans lequel ils expriment ce qui les a chassés de la cité et les ronge.

Réseaux et résonances

Stany Cambot, architecte et cofondateur d’Echelle Inconnue, explique la démarche du projet, financé par la Ville de Rouen: «On travaille beaucoup sur les dimensions numériques de la ville. Une ville, ce n’est plus uniquement des rues et des murs comme le pensent les architectes, mais des réseaux numériques, avec téléphone portable, Internet, et il est possible d’occuper ce nouveau calque sur la ville, de le charger de paroles et le rendre comme un bien commun.»

Dans les locaux d’Echelle Inconnue, lieu d’accueil et de ressources sur les formes alternatives d’urbanisme, on peut rencontrer les six personnes qui se sont regroupées pour mener divers projets depuis 1998: architectes, sociologues, géographes et un technicien en électronique. «L’invisible de nos villes» est au centre de leurs travaux et expériences artistiques sur les territoires, qui interrogent et associent les «exclus du plan». Echelle Inconnue a aussi collaboré à des activités et projets avec l’ATSA (Action terroriste socialement acceptable) de Montréal en 2005 et 2007.

Quant au Mobio, Pierre Comminge, le technicien d’Echelle Inconnue, précise qu’il est mis à disposition du public, sous licence libre: «On encourage son utilisation. La documentation permet de construire ce dispositif, et même de le transformer.»

 

Les locaux d'Echelle Inconnue.
Photo: Christine Gilliet

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Pour en savoir plus:

Echelle inconnue: Art/Archi/Urba/Multimédia/Désordre culturel

Télécharger la documentation sur le Mobio

Écouter un blason sonore

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