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Bonne journée!

Les retombées d'une expérience de relations publiques

L'ostie d'charte

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Le questionnement sur le port des signes religieux ostentatoires, bien qu'il soit légitime, a complètement détourné le débat entourant la laïcité.
Photo: Nicolas Falcimaigne
Montréal —

Alors que peine à s'estomper le ressentiment causé par la Charte des valeurs québécoises, nous en sommes à nous questionner sur les intentions réelles qui se cachent derrière cette stratégie péquiste. Fuite d'information volontaire, spectacle médiatique démagogique et polarisation de l'opinion publique: tout semble indiquer que la Charte a accompli sa tâche ingrate, soit la confusion de masse. Tragiquement, ceci contribuera à discréditer la laïcité.

La manipulation de l'opinion publique implique une fine compréhension de la sémantique. Le crédo des experts en relations publiques veut que les mots soient plus importants que les idées qu'ils souhaitent former. Ainsi, passer de la «Charte de la laïcité» à la «Charte des valeurs québécoises» est un geste qui change tout. D'un débat qui aurait pu être centré sur des questions précises et fondamentales, on a créé un orgasme médiatique aux vagues émotives polarisantes.

On a fabriqué une guerre de boules de neige infantile, où les opposants n'ont qu'à se catapulter insultes et ressentiment pour se voir être confirmés par leurs pairs. La conséquence la plus importante de cette transformation du débat en spectacle désespérant aura malheureusement été l'importante perte de crédibilité de l'idéal laïc et l'impressionnante monopolisation de la sphère médiatique au détriment d'autres débats pressants. Pourquoi voit-on ce débat relativement périphérique muter en un chahut collectif histrionique? N'est-il pas probable que telle était précisément l'intention du Parti Québécois (PQ)?

Le foisonnement démagogique

Évidemment, on ne peut simplement rejeter du revers de la main le questionnement sur l'identité, sur la place de la religion dans l'État ou sur l'immigration. On peut cependant douter que le présent débat contribue d'une quelconque manière à résoudre ces questionnements légitimes, sinon à réduire les possibilités d'opinion à une opposition binaire. Il est profondément frustrant d'être témoin des positions campées et démagogiques des deux groupes rivaux.

Plusieurs opposants à la Charte, succombant à la tentation d'assimiler toute politique de nature identitaire au règne nazi, ont pour argument principal de traiter les supporteurs de la Charte de fascistes. Belle pelletée de bouette discursive; facile à lancer au visage des défenseurs de l'identité québécoise, rapidement appuyée par tous ces êtres bien-pensants qui aiment se considérer être ouverts sur le monde. Pour leur part, plusieurs défenseurs de la Charte, aveugles aux éléments populistes qu'elle contient, insensibles à la réalité de l'immigration, qui secrètement laissent fermenter un racisme amer depuis des années, projètent sur l'altérité les causes de notre impuissance collective.

La brèche qu'a ouverte la Charte nous laisse entendre ces voix haineuses qui se sentent maintenant justifiées dans leurs pires dérives ethnocentriques. Mais il est tout aussi malheureux de constater le total manque d'autocritique du discours multiculturaliste. Si convaincu de sa propre supériorité morale, il en vient à réduire la laïcité à ce discours raciste que tient un secteur somme toute marginal de la population québécoise.

Doit-on réellement croire que les stratèges du PQ sont animés par un discours racial lepéniste? Doutons-en. Alternativement, est-il possible que le PQ n'avait guère d'objectif plus élaboré que celui de semer les graines d'un conflit explosif, sans issue apparente? Il aurait été facile pour les publicistes du parti de prévoir les réactions opposées qui se buteraient les unes aux autres dans cette parade enivrée du désespoir national.

Une fuite intentionnelle

Sébastien Bovet, correspondant principal de Radio-Canada à la colline parlementaire, prétend que la fuite d'informations qui a initialement rendu public le contenu de la Charte fut orchestrée par le PQ. Le parti aurait volontairement fait circuler le contenu de la Charte près d'un mois avant son dépôt officiel. La sphère médiatique a donc eu un mois gratis pour faire mousser la sauce et pour donner le «spin» médiatique ethnocentrique qu'allait prendre le débat. Toujours selon M. Bovet, la stratégie du PQ aurait été de fabriquer une fuite d'informations de manière à sonder la réceptivité du public face à leur projet.

D'autres commentateurs ont avancé que la stratégie du PQ était principalement électoraliste. Cependant, malgré la hausse initiale en popularité du PQ chez les Québécois francophones suivant cette fuite, leur appui semble aujourd'hui de plus en plus ambivalent. Cette réaction n'aurait-elle pas été facile à prévoir? Il semble donc tout aussi plausible que le PQ ait eu comme intention la création d'une engueulade sans issue; la fabrication d'une éponge d'attention. Peut-être était-ce pour masquer d'autres débats importants? Ou peut-être simplement pour faire oublier le bilan désastreux de leur première année au pouvoir; et ainsi pour mieux poursuivre le virage néolibéral de ce parti qui, contre toute logique, se revendique toujours de la gauche.

On peut difficilement attribuer des intentions claires aux politiciens. Mais en considérant les conséquences de leurs actions, nous pouvons en esquisser les contours.

La laïcité est discréditée

La conséquence la plus grave du présent psycho-drame est la perte de crédibilité du concept de laïcité. Le débat aura donné un nouveau sens au mot «laïcité», maintenant compris par plusieurs comme étant synonyme d'intolérance, de renfermement identitaire, d'exclusion, de xénophobie, etc. Malgré la confusion, la laïcité a une signification consensuelle et clairement définie: l'expulsion de la morale religieuse hors de l'appareil d'État. Historiquement, l'État laïc fait rupture avec le passé par le fait que ni sa Loi ni ses représentants ne se revendiquent être d'inspiration divine. Au lieu d'une morale religieuse, l'État laïc mise sur une morale humaniste et universaliste. Tous ont les mêmes droits et sont égaux devant la Loi, peu importe leur affiliation religieuse (du moins en théorie).

Les États non-laïcs et théocratiques divisent quant à eux l'humanité entre croyants et non-croyants, Fidèles et Infidèles, Élus et Goyim, Chrétiens et Païens, etc. Dans une théocratie, la religion dominante assure des droits à certains alors qu'elle les enlève à d'autres, selon qu'ils suivent les dogmes religieux ou non. Les lois humaines y sont assujetties aux lois divines et le pouvoir revient aux interprètes officiels de la parole sacrée de déterminer quels comportements sont illégaux.

Définie ainsi, la laïcité représente le contraire de l'intolérance et elle est par sa nature même garante du cosmopolitisme tant valorisé par les opposants à la Charte. À l'extérieur de certains cercles religieux aux discours douteux, nous pouvons assumer que peu de gens s'opposent consciemment à cette laïcité, et encore moins voudraient voir cet état de fait se détériorer au Québec.

Or, on comprend mal comment le port du hijab par une agente d'information ministérielle remet en cause les fondements de la laïcité. À moins de voir le système judiciaire intégrer des éléments de la Charia, ou encore le système d'éducation substituer l'enseignement de l'évolution par l'enseignement du créationnisme, la laïcité ne semble pas en danger au Québec.

Le questionnement sur le port des signes religieux ostentatoires, bien qu'il soit légitime, a complètement détourné le débat entourant la laïcité. Il ne va pas de soi qu'un enseignant ou un policier ait le droit d'afficher ouvertement son appartenance religieuse, et il est irréfléchi de dire que ce questionnement relève de la xénophobie ou du fascisme. Mais il a été abordé d'une manière volontairement polémique par le PQ. En rattachant ce questionnement à l'expression «valeurs québécoises», cet élément plus ou moins cosmétique, soit le code vestimentaire, a pu mieux atteindre son objectif de confusion de masse.

Le néolibéralisme triomphant

La table a ainsi bien été mise pour poursuivre le virage néolibéral de l'État. L'interventionnisme étatique a été à nouveau discrédité dans ses tendances nationalistes-autoritaires. La perte de souveraineté réelle de l'État en matière de ressources naturelles et de macro-économie aura été masquée par cette apparence de souveraineté pseudo-identitaire.

Dans un contexte où les leviers du pouvoir nous échappent de plus en plus, le désespoir étatique agit avec une force renouvelée là où quelques miettes de contrôle existent toujours, entretenant notre aveuglément face à la décomposition de l'action politique.

 

1449 mots

Commentaires

Permettez-moi d'ajouter 1)

Permettez-moi d'ajouter 1) que le fait d'accorder une importance non négligeable au problème général de la laïcité et du caractère républicain de notre société ne signifie en rien qu'on n'accorde pas d'importance aux autres problèmes économiques et environnementaux; par contre, réduire la question identitaire à un jeu de stratégie électorale, c'est refuser de lui accorder l'importance qu'elle doit avoir et dont il est grand temps qu'on s'occupe, y compris en vue d'une consultation électorale puisqu'il s'agit d'un sujet quasi référendaire; 2) l'Islam, par définition (et non seulement chez les radicaux) est une culture religieuse où religion (les 5 piliers), morale (djiad, voile, patriarcat), système juridique (charia), et système politique (califat, imans) sont une seule et même chose, donc à l'opposé d'une conception républicaine et laïque.

Mensonge d'état

Sur un tissu de mensonges, il n’est pas possible de construire de biens solides structures. Ce faux débat autour de la fameuse charte des valeurs québécoises ne représente en réalité qu’une autre manœuvre de diversion de la part de la mafia gouvernementale.

Diviser afin de mieux régner, la recette est vieille comme le monde. L'élément central au cœur de ce débat, la soi-disant égalité entre les hommes et les femmes, s’avère n'être qu'un énorme mensonge émanant de l'état voyou. Depuis l'adoption dans le milieu des années '80, sous la pression des lobbys financés par l'état et sans la moindre discussion, de la 'politique d'intervention en matière de violence conjugale' qui impose à la police, à la couronne et à la magistrature de persécuter des hommes en situation de couple sur la seule base d'allégations dont la vraisemblance ne sera jamais évaluée, nous avons cessé dans les faits d'être dans un état de droit. Cette politique fut adoptée sur la base d'un grossier mensonge à l'effet que pas moins de 300 000 femmes subissaient de la violence conjugale chaque année dans cette province. Il s'agit d'une invention de toute pièce dont la fausseté fut exposée publiquement lors de la publication en 2010 aux éditions Café Crème d'un ouvrage collectif intitulé '300 000 femmes battues, y avez-vous cru ?'. Nonobstant la publication de cet ouvrage, jamais cette infâme politique ne fut répudiée, confirmant par défaut que la police est désormais assujettie à une ligne de commande politique. À partir de là, toutes les dérives institutionnelles sont autorisées.

Au lieu de nous proposer une charte élaborée sur du mensonge, ce gouvernement devrait d'abord et avant tout répudier cette 'politique' digne des pires dictatures que cette terre a connues. À partir de là, il sera enfin possible de parler d'égalité entre les hommes et les femmes, mais certainement pas avant.
http://past.is/dypd

Réponse à M. Roméo Bouchard

M. Bouchard,

Je suis heureux de lire vos réactions pertinentes au texte. J'aimerais me permettre de répondre à vos observations.

1. Je n'affirme pas dans mon texte que le débat est un faux débat, à 100% inventé par le PQ. Ce que j'affirme, par contre, est que la stratégie péquiste a détourné la forme du débat et a du même coup amoindri sa pertinence. Comme il est écrit, je juge que les questions entourant la laïcité sont importantes et qu'elles ne peuvent être balayées du revers de la main. Cependant, remplacer l'expression "laïcité" par l'expression "valeurs québécoises" relève clairement d'une stratégie de relations publiques; stratégie que je critique et que je juge être néfaste pour le débat public.

2. Je suis, tout comme vous, critique du discours du "multiculturalisme-à-tout-prix". Comme je l'explique dans mon texte, je juge que ce discours est noble en intentions, mais parfois naïf dans l'analyse. J'explique aussi que la laïcité est la seule gardienne du cosmopolitisme et de l'égalité des religions. Cependant, il nous faut être tout aussi critique de certains discours nationalistes québécois, qui semblent être dangereusement proche de la xénophobie. À titre d'illustration, je vous invite à un examen d'auto-critique.

Respectueusement, j'aimerais souligner le fait que dans votre commentaire, vous assimilez les Musulmans dans leur ensemble à une "culture militante qui se situe à l'opposé de la laïcité et de la vie publique". Il me semble plutôt dogmatique et mal-informé de mettre tous les Musulmans dans le même bateau tel que vous le faites. Vous faites aussi référence aux "anglosaxons" et de leur amour du multiculturalisme. J'aimerais ici souligner le fait que cette expression, malheureusement trop souvent utilisée, est une expression qui "racialise" les Anglais, les Canadiens, les Américains, etc. Elle fait référence aux peuples de langue anglaise qui seraient descendants des tribus Angles et Saxonnes datant de l'Antiquité. Appeler un Canadien un Anglosaxon est l'équivalent d'appeler un Québécois un Franc, un Allemand un Goth, un Danois un Viking, un Turc un Hun, etc. Ce sont là deux exemples d'une sorte de discours nationaliste qui ne peut être rassembleur, mais qui est pourtant intensifié par l'effet médiatique de la Charte.

Ce que j'avance est que cette teinte raciale qu'a donné le PQ au débat n'est en rien constructive. Elle exacerbe les tensions qui existaient déjà; elle ne peut que semer la discorde et nous laisser avec un peuple désintégré. Si la laïcité est la solution à l'intégration et au rassemblement civique, les "valeurs québécoises" en sont l'opposé, moins dans leur contenu que dans leur forme.

3. Finalement, vous avancez que la laïcité est moins acquise que jamais. Peut-être avez-vous raison, je ne le sais pas. Personnellement, je ne le sens pas, et j'ose croire que ce n'est pas dû à un endoctrinement que j'aurais subi "dans nos écoles dialoguantes" comme vous dites. Mais vous avez peut-être raison, et si vous avez raison et que la laïcité est réellement en danger, alors il nous faut résoudre ce problème d'une manière sérieuse et raisonnée. Malheureusement, cela n'est pas la voie qu'a empruntée le débat, désirant plutôt faire du questionnement un moment de résurgence pseudo-identitaire. Pendant ce temps, l'État poursuit ses coupures dans un virage néolibéral soutenu, qui lui, comme vous le savez fort bien, représente une très grave et très réelle atteinte à notre souveraineté.

Respectueusement,
A. Sheldon

C'est bien beau de critiquer

C'est bien beau de critiquer les dérives ethniques du nationalisme québécois, avec moultes subtiles distinctions, mais encore faut-il accepter que le nationalisme québécois est nécessaire et légitime. Ce que je reproche parfois à la nouvelle génération, c'est d'évacuer la nécessité particulière pour le Québec, en tant que seul état francophone en Amérique, de maintenir et de développer une forte conscience nationale enracinée dans son histoire, sinon, c'est le sort de l'Acadie et de la Louisiane qui nous attend à brève échéance. Avant et pour être des citoyens du monde, il faut d'abord être citoyen d'un pays, enraciné dans une histoire et un territoire. Toutes les nations vivantes, que ce soient les États-Unis, la France, l'Allemagne, l'Italie, ont une conscience et une éducation nationale forte sans pour autant qu'on les taxent de xénophobie.
J'accepte mal que la nouvelle génération de Québécois, qui profite largement de l'élan qu'a donné au Québec la grande renaissance nationale de la deuxième moitié du XXe siècle, lève le nez sur les nationalistes et donne l'impression que le nationalisme est rétrograde. J'estime, au contraire, qu'il est essentiel à notre survie et à notre rayonnement. La question identitaire est, que ça nous plaise ou non, au coeur du débat actuel sur la laïcité. Le Québec n'est pas n'importe quoi, un quelconque fourre-tout mondial: la laïcité, l'émancipation de la morale et des dogmes religieux est ce qui a permis l'émancipation des individus, de la femme, de la sexualité, de la famille, des jeunes, de la vie démocratique et sociale. Nous ne pouvons accepter que de nouvelles croyances, rétrogrades au surplus, viennent de nouveau empoisonner la vie sociale et politique.
Le multiculturalisme est une approche anglosaxonne, en ce sens qu'il est une approche omniprésente dans les pays de langue anglaise, États-Unis, Angleterre, Canada anglais, etc. Sans doute en raison de l'influence des religions protestantes. Notre tradition de neutralité vient plutôt de Henri IV et de Champlain ainsi que du libéralisme (Papineau). Ce n'est pas de la pensée ethnique, c'est de l'histoire et de l'ethnologie.
Ce débat prend une dimension intergénérationnel de plus en plus importante. Il nous permet de constater qu'il s'est produit une fracture dans la conscience et l'historie nationale avec la nouvelle génération. Au-delà des beaux sentiments envers les jeunes qui s'affichent avec brio, il va falloir accepter de confronter ces profondes différences de perspectives sans crier aux éteignoirs. Cette fracture est pour moi la plus grande menace qui pèse sur le Québec, car elle mine le ressort même de notre dynamisme comme peuple.

Charte des valeurs québécoises

Je ne suis pas du tout d'accord avec cette analyse, probablement d'origine anti-péquiste. Ce projet est rassembleur, et la grande majorité de francophones en région appuient ce projet. Je souhaite des élections sous peu, avant le dépôt de ce projet. Si le gouvernement Marois ne cède rien, et va rapidement en élections sur ce débat, il y a de fortes probabilités qu'il soit majoritaire..! Excellente stratégie et une avancée importante vers notre libération nationale. Tout indépendantiste, digne de ce nom, ne peut bloquer une mesure progressiste et républicaine, essentielle à notre projet de pays, ce serait passer ses intérêts personnels avant ses convictions nationalistes !

Réponse à M. Michel Dion

M. Dion,

selon un article de Mme. Isabelle Paré paru aujourd'hui dans Le Devoir : "Si 52 % des Québécois se disent favorables à la Charte du ministre Drainville (Sondage Crop/The Gazette, 23 septembre), pas moins de 62 % d’entre eux s’opposent à ce que des employés portant des signes religieux ostentatoires perdent leur emploi (Ipsos-Reid/The Globe and Mail, 1er octobre)." (http://www.ledevoir.com/politique/quebec/389270/la-charte-de-l-inconfort...)

Est-ce 52% est suffisant pour parler d'un effet rassembleur? Pour moi, cela symbolise plutôt une division assez tranchée et polarisée.

Je ne saurais que dire de votre propos voulant que "la grande majorité de francophones en région appuient ce projet". Est-ce que vous entendez par là que les Québécois des régions sont les "vrais" représentants de l'intérêt collectif? Si tel est le cas, cela confirmerait l'effet polarisant de la Charte.

Quant à mon "origine anti-péquiste", peut-être y a-t-il un sous-entendu à votre commentaire que je ne comprends pas, mais je vous dirais que sans être contre le PQ en tous points, je suis en effet opposé à plusieurs des politiques du parti, en particulier en ce qui concerne ce début de mandat marqué par l'austérité, le développement pétrolier et l'inertie en matière de développement durable. Je juge que ce sont là des politiques qui vont à l'encontre du principe de souveraineté.

Les sondages sont trop

Les sondages sont trop souvent subjectifs, spécifiquement ceux de Crop/LaPresse (Gesca/Desmarais) qui font dire aux chiffres ce qu'ils veulent. Où a été pris l'échantillonnage... sur l'Île de Montréal ? D'autres sondages montrent des chiffres complètement différents. Et les régions, ne vivent pas la même réalité que les montréalais. Et quand ils regardent ce qui se passe dans la métropole, ils ont peur... peur que leurs régions deviennent un jour à l'image de Montréal. Voilà pourquoi la majorité des gens qui vivent en région, et c'est une majorité qui vivent à l'extérieur de Montréal, appuient ce projet de charte des valeurs québécoises. Certains sondages récents vont jusqu'à 78% pour, toutes régions confondues. Et même, plusieurs veulent aller plus loin, et se rapprochent de plus en plus des vraies valeurs républicaines et progressives d'un État laïque.

C'est pourquoi, si le Parti Québécois ne dépose pas son projet, et va en élection sur ce débat, il y a de fortes probabilités qu'il soit élu majoritaire. Les régions feront toutes la différence.

Pour ce qui est du début de mandat péquiste, moi aussi j'ai désapprouvé et reproché bien des reculs et de mauvaises décisions. Mais, lorsque l'on regarde l'ensemble des débats à l'Assemblée nationale, on comprend vite qu'un gouvernement minoritaire ne «gouverne» pas grand chose... C'est pourquoi, j'ai cessé de juger les reculs et décisions du gouvernement, qui, somme toute, sont le fruit, par ricochet, des oppositions (PLQ et CAQ) qui «clouent» au mur le PQ. Et de par leur nombre, le force à mal paraître... C'est tout ce jeu politique qui est la cause de l'austérité dont vous parlez, ne soyons pas dupes !

Deuxième réponse à M. Michel Dion

M. Dion,

je bien d'accord avec vous au niveau de la non-objectivité de certains sondages, dont celui que vous citez à votre tour sans en donner la référence.

Mais qu'importe que la division soit entre les pro-charte et les anti-charte ou entre les villes et les régions, je ne tiens qu'à souligner cet effet polarisant du spectacle médiatique.

J'ai pris bien soin dans mon texte de ne pas me positionner définitivement sur le contenu de la Charte, mais plutôt sur sa forme. Tous les éléments de contenu de la Charte peuvent être discutés en toute légitimité, compte tenu qu'ils soient approchés avec un esprit de calme et de raison. Ce n'est pas l'approche qui a été privilégiée et le résultat est l'intensification d'une rivalité "identité québécoise vs. multiculturalisme". Cette rivalité, si le PQ l'avait souhaité, aurait pu être désamorcée dans le dialogue, dans la recherche d'un projet de société rassembleur. Elle a plutôt été encouragée. Plusieurs personnes pour qui la laïcité n'avait jamais été une question d'un intérêt principal ont soudainement été interpelés par ce débat; débat qui a pris une place disproportionnellement grande dans notre compréhension du débat politique dans son ensemble.

J'aimerais également répondre à cette phrase-ci de votre dernier commentaire : "Et quand ils [les personnes habitant les régions du Québec] regardent ce qui se passe dans la métropole, ils ont peur... peur que leurs régions deviennent un jour à l'image de Montréal."

Par l'expression "à l'image de Montréal", j'imagine que vous faites référence au mutliculturalisme présent à Montréal. Dit autrement, vous prétendez donc que les Québécois habitant dans les régions québécoises sont pour la Charte puisqu'ils souhaitent limiter la venue des immigrants "non-occidentaux"chez eux. Aussi paroissiale cette mentalité peut-elle paraître à certains, elle me semble être peu pertinente en ce qui concerne la laïcité. Vous auriez donc plutôt peur de l'immigration "non-occidentale", une peur qui est ici projetée sur le débat entourant la laïcité. Pourtant, mis à part le fait que certains immigrants ne se sentiraient tout simplement pas le bienvenu chez vous, la laïcité péquiste ne dit rien quant aux politiques d'immigration. Mais c'est justement cette impression que la Charte a laissé sur le public en utilisant l'expression "valeurs québécoises", et ainsi en tordant la signification du mot laïcité pour y rattacher des connotations qui n'ont pourtant rien à voir avec la place de la religion dans l'État.

Le sentiment de perte de contrôle de notre devenir collectif est dû, selon moi, à une carence démocratique dans la vie économique de notre pays. Il n'y aura pas de souveraineté sans la démocratisation de l'économie. Suivant la démarche actuelle du PQ, le Québec demeurerait une "province" de l'économie mondiale, se démarquant sur une base ethno-linguistique jalousement entretenue, mais formellement soumise aux lois de l'économie dominante.

A. Sheldon

Péquisme

Bonjour M. Dion,

Merci pour votre commentaire. C'est avec plaisir que je vous confirme qu'en tant que journal, notre rôle n'est pas d'être péquiste, ni libéral, ni caquiste, ni solidaire (au sens du parti). Nous jetons un regard indépendant sur le débat public.

Que le projet de charte soit appuyé par la population des régions alors que le problème visé est surtout montréalais, ne fait que confirmer, comme vous le dites, qu'il s'agit d'un tremplin électoral. Malheureusement, notre analyse est que ce débat laisse dans l'ombre des questions autrement urgentes, dont les impacts sur l'environnement et l'économie du Québec seront durables: oléoducs d'Enbridge et de Transcanada, exploitation pétrolière en Gaspésie, dans le Golfe et à Anticosti, mine Arnaud à Sept-Îles, etc. Dans les médias, on parle presque seulement de la Charte et presque pas de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec. Je vous invite à consulter ma série d'articles d'information sur un de ces sujets.

L'auteur a ainsi très bien résumé la pensée derrière cet article dans sa réponse à M. Bouchard, et rejoignant vos préoccupations sur la souveraineté: «Pendant ce temps, l'État poursuit ses coupures dans un virage néolibéral soutenu, qui lui, comme vous le savez fort bien, représente une très grave et très réelle atteinte à notre souveraineté.»

En espérant avoir répondu à votre questionnement,

Nicolas Falcimaigne, président
Coopérative de journalisme indépendant

Je ne partage pas cette

Je ne partage pas cette analyse. J'estime que le débat actuel aurait eu lieu, qu'il s'agisse d'une charte de la laïcité ou des valeurs, et qu'il est révélateur d'une rupture importante dans la démarche historique du Québec vers la laïcité. Cette rupture vient, à mon avis, du multiculturalisme omniprésent chez les anglosaxons et dans la Charte canadienne, mais aussi de la résurgence des fondamentalismes religieux dans la monde via l'immigration de groupes caractérisés par une culture religieuse militante qui se situe à l'opposé de la laïcité de l'État et de la vie publique, notamment les musulmans. L'intention du PQ était sans aucun doute électoraliste et nationaliste, mais elle n'avait peut-être pas mesuré l'ampleur de cette résurgence religieuse et de l'éthique multiculturaliste qu'elle a entraînée chez les intellectuels de gauche et les "citoyens du monde" désincarnés qu'on a formé depuis quelques années dans nos écoles dialoguantes. Parizeau à tout à fait raison de dire qu'il faut revoir tout notre système d'éducation, hyperfragmenté, pour assurer une éducation à la citoyenneté et à la vie démocratique enracinée dans notre identité comme peuple et comme territoire. Ce n'est pas le débat sur la charte des valeurs qui a discrédité la laïcité, mais ce double mouvement vers le fondamentalisme religieux et le multiculturalisme humanitaire dont on avait sous-estimé la force. Nous nous retrouvons maintenant devant des défis énormes, insoupçonnés. La laïcité est moins acquise que jamais, dans les faits, et la résurgence des signes religieux dans l'espace public remet en question plus qu'on ne l'imagine la sécularité de notre société.

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