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Conte de Noël

La vraie richesse

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La vraie richesse.
Six autres illustrations dans l'édition imprimable illustrée, avec narration audio
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Illustrations: Caroline Jacques
Trois-Pistoles —

Il y a très longtemps, au pays du Kanada, bien avant la venue des Amérindiens, régnait le roi Séraphil. Il était très riche et ne s'était jamais fait de jardin, car il achetait de la nourriture bon marché dans les pays du Sud en échange de son or. Il revendait cette nourriture à son peuple qui travaillait très fort dans les mines et les usines. Au fil des années, le roi avait tellement acheté d'aliments exotiques que les pays du Sud avaient épuisé leurs propres ressources. La nourriture devenait de plus en plus rare, de plus en plus chère, et le peuple avait de plus en plus faim. Malgré cela, le roi continuait à faire creuser le sous-sol du nord du pays, à la recherche du précieux métal, plutôt que d'investir dans l'agriculture. Partout dans la cité de Kébec, capitale du royaume, on sentait la tension monter.

Cette année-là, un été plus chaud que d’habitude avait causé une grande sécheresse, tandis que les pays du Sud connaissaient de grandes tempêtes et des inondations rendant impossible d’acheminer les commandes de victuailles vers les pays nordiques.

Exclusivité: édition imprimable illustrée et narration audio

Le roi Séraphil commençait à paniquer, car il avait invité de grands rois et reines des continents de l’Est, lesquels étaient immensément plus riches que lui, à venir festoyer chez lui pour l’hiver.

Le grand chef cuisinier elfe lui dit: «Ô grand Seigneur, n’avez-vous pas entendu parler de la vallée fleurie du peuple des elfes forestiers et des nains jardiniers, près d’où mes ancêtres sont originaires? On m’a souvent raconté qu’ils fabriquent des boissons exquises et des superlégumes qui me permettraient de concocter des plats originaux qui sauront séduire vos hôtes.»

Le chef cuisinier lui expliqua aussi qu’à chaque fin de saison des récoltes, les nains organisaient une grande fête avec ces grands seigneurs elfes qui habitaient plus au nord, au bord du lac Matapédia. Ils appelaient cette fête le Grand Festin de la vallée de l’eau heureuse*.

Le roi Séraphil accepta alors de dépêcher à cette fête trois de ses meilleurs soldats avec un coffre d’or, dans le but de rapporter de précieuses victuailles de la légendaire vallée.

En arrivant sur place après plusieurs jours de cheval, ils furent émerveillés par la beauté majestueuse des paysages et du grand lac, et plus encore par les immenses tentes, tables et chariots remplis de légumes géants, destinés au grand Festin. Jamais ils n’avaient vu pareille diversité et abondance. Ils en salivaient d’envie, tellement ils étaient assoiffés, affamés et épuisés.

Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que les légumes issus des potagers enchantés des nains apportaient de la bonne humeur au cœur et au ventre. Ces maraîchers avaient hérité des techniques de permaculture d’anciennes civilisations et cultivaient des légumes en synergie avec les arbres, les irriguant avec les sources d’eau vivifiantes qui faisaient la renommée de la région. Les nains détenaient aussi le secret d’un ingrédient magique qu’ils ajoutaient aux graines lors des semis pour que l’énergie soit multipliée à travers la croissance et la récolte, et ce, jusque dans les assiettes. Cette tâche minutieuse était généralement attribuée à Flori, le plus jeune et le plus petit des nains. Il était très attentionné face aux plantes et avait des mains douces et délicates.

Les soldats rencontrèrent le chef des elfes et celui des nains. Ils leur montrèrent l’or, mais cela ne les impressionna guère. Ils répondirent qu’ils n’en avaient pas besoin. Selon eux, les métaux ne peuvent pas se manger, et manger est l’un des plus grands bonheurs de ce monde. Ils préféraient plutôt avoir un coup de main pour préparer le Grand Festin, un peu comme quand ils emploient parfois des voyageurs pour de menus travaux en échange de nourriture et d’un toit pour la nuit. Insultés, les hommes du roi refusèrent de les aider au banquet et préférèrent repartir.

Le soir venu, campés dans un boisé avoisinant, les hommes dévorèrent les vivres que les elfes et les nains leur avaient gracieusement offertes pour le voyage du retour. Jamais ils n’avaient mangé si bonne nourriture de leur vie, et cela ne fit qu’ajouter à leur envie et à leur jalousie. La perspective de retourner au royaume et de subir la fureur de leur roi ne les réjouissait guère, et ils convinrent ensemble d’un mauvais coup.

Ils attendirent que les nains soient tous endormis, et que les elfes soient partis faire leur danse rituelle au bord du lac, pour aller voler des provisions et se sauver dans la nuit en emportant avec eux un grand chariot plein de victuailles. Les ayant vus se défiler dans la nuit, Flori les suivit discrètement puis se cacha dans la boîte de potimarrons au fond du chariot.

Sur le chemin du retour, les hommes se nourrirent de quelques légumes et sentirent une grande chaleur les envahir, une chaleur qu’ils n’avaient pas connue depuis des années dans leur cœur froid de soldat.

Après avoir traversé le fleuve en bateau, ils arrivèrent à la place publique de Kébec. Ils éprouvèrent une compassion inhabituelle pour les petits marchands ambulants qui grelottaient dans le vent froid, n’ayant presque rien à vendre en cette période de crise alimentaire, et pour les mendiants qui jonchaient les trottoirs en quête de pièces de monnaie ou de nourriture.

Les hommes leur donnèrent quelques-unes des provisions du chariot, ce qui mit de la joie dans leur cœur en cette maigre fin d’automne. Les aliments avaient une si bonne énergie qu’une onde de bonheur et d’espoir déferla très rapidement sur la cité.

Les hommes montèrent avec eux les dernières victuailles au château. Arrivés devant le roi Séraphil, ils s’agenouillèrent, penauds, maintenant leurs yeux baissés tant ils avaient peur de la réaction du roi. «Eh bien, soldats, avez-vous réussi votre mission?» Les hommes restèrent muets, ne sachant que répondre, et suant toutes les gouttes de leur corps. «Alors?», s’impatienta le roi.

C’est là qu’une petite voix se fit entendre: «Oui, monseigneur!», et Flori sortit de la capuche d’un des hommes où il était caché. Il s’avança au pied du roi, devant les yeux ébahis de tous les soldats, gardes et conseillers présents. Les gardes s’avancèrent pour l’arrêter, mais le roi les retint d’un geste. «Laissez-le, dit-il, amusé. Si ce petit nain a de bonnes nouvelles à m’annoncer, il est le bienvenu dans mon château.»

Flori raconta au roi toute l’histoire, du vol des victuailles jusqu’à la bonne action de charité à la place publique. Les soldats ayant prouvé leur bonne foi, le nain proposa ceci: «Organisons un grand festin national. Partout, des cultivateurs abondent les territoires.»

«C’est vrai, renchérit le chef cuisinier elfe. Je connais bien les spécialités régionales de tout le pays pour les avoir explorées dans mes cours. Ce ne peut être qu’un triomphe gastronomique.»

Le roi, têtu, frappa son trône de son poing puissant: «Non! Ce n’est pas un royaume communiste ici! Je dois créer la richesse, agrandir mon royaume, rayonner sur le monde, pas faire du troc avec des paysans!»

Au même moment, une clameur vint de la fenêtre. La foule était aux portes du château, scandant des slogans, des chants de manifestation et lançant sur les murs des restes de légumes à moitié compostés.

Ils avaient suivi les traces du chariot des soldats qui les avaient nourris. Le peuple, animé d’un regain d’énergie, avait bien vu où s’en allait toute la richesse. Il réclamait de la nourriture et refusait de poursuivre son travail.

- Vous voyez, Monseigneur? fit Flori, vous n’avez plus le choix. Si vous vous mettez votre peuple à dos, vous n’aurez plus de royaume. Commencez dès maintenant à générer de l’abondance dans toutes les régions du pays, à échelle locale. Vous créerez alors plus de richesse, car la base de l’économie est l’agriculture. Les pierres et les minerais sont les piliers qui soutiennent le sol et cette agriculture. Il faut les y laisser, et votre pays goûtera ainsi à la vraie richesse. Plus personne n’aura faim.

- Tout le monde sera riche, s’inquiéta Séraphil? Mais c’est impossible!

- Oui, mais plus tout le monde sera riche, plus le royaume sera riche, n’est-ce pas logique?

Paniqué, le roi but d’un coup sec le délicieux hydromel de la vallée qu’on lui avait servi. À la fois enivré par les doux arômes de cette fine boisson et résigné devant la foule armée de pioches, de pelles et de râteaux, il fit enfin un signe de tête affirmatif, et ses craintes s’adoucirent.

Un immense banquet fut organisé au château pour fêter le solstice d’hiver, avec des représentants de tous les peuples du pays. Chaque groupe de chaque région avait préparé un plat original et apporté plusieurs spécialités.

Le roi et ses convives étrangers furent si séduits et impressionnés qu’ils décidèrent de donner une bourse à tous les groupes régionaux. Ils soulignaient ainsi leurs efforts pour les motiver à poursuivre leur travail et à développer des marchés et des festins locaux.

On assistait donc à la renaissance du commerce local entre les différents peuples du territoire, et aussi à celle de l’esprit communautaire entre les producteurs et les consommateurs.

À la fin de la soirée, Flori fut invité à partager son secret de la si bonne énergie des légumes des nains de la vallée. «Maintenant que vous vous êtes imprégnés de cet ingrédient, je vous invite à l’exprimer tous ensemble.»

C’est alors que tous se levèrent et firent une accolade à leurs voisins de table. Le roi Séraphil, ébahi de voir tant d’amour, alla retrouver Flori, se pencha et lui serra la main. «Merci, petit nain, fit-il. Jamais je n’aurais cru si bien manger avec les aliments de mon pays. Maintenant, je commence à comprendre ce que sont les plus grandes richesses.»

Flori lui répondit avec son plus grand sourire, qui annonça le début d’une grande ère de prospérité pour tous.

* Les anciens peuples de la nature se plaisaient à appeler les cours d’eau environnants «les eaux heureuses», à cause des tourbillons vivifiants qu’elles produisent. Plus tard, les Amérindiens donneront à un confluant de la rivière Matapédia  le nom d’Amqui («là où l’eau s’amuse»).

Avec la collaboration de Syndia Gaudreault et Francis Pelletier, coorganisateurs du Grand Festin Matapédien 2014, qui ont inspiré l’auteure du conte. Merci et joyeuses fêtes !

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  • Édition imprimable illustrée par Caroline jacques
  • Narration audio interprétée par Lise Millette

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