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«Québec-Presse : un journal libre et engagé»

Regard sur l'état de la presse au Québec

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En entrevue à Ensemble, Jacques Keable, auteur du livre Québec-Presse : un journal libre et engagé, paru récemment aux Éditions Écosociété, porte un regard lucide sur l'état de la presse au Québec.
Photo: Simon Van Vliet
Montréal —

Après avoir fait carrière comme journaliste dans divers quotidiens privés ainsi qu'à la télévision et à la radio de Radio-Canada, Jacques Keable, auteur du livre Québec-Presse : un journal libre et engagé, paru récemment aux Éditions Écosociété, pose un regard lucide sur l'état de la presse au Québec. Il y revient sur l'expérience de Québec-Presse, un hebdomadaire progressiste, financé par le mouvement syndical mais radicalement indépendant, et lance un appel à un renouveau de la presse progressiste. Premier d'une série de trois textes, adaptés d'une longue entrevue qu'il a accordée à Simon Van Vliet dans les bureaux d'Ensemble, à Montréal.

Ensemble : Votre livre fait état d'une certain nombre de problèmes avec la presse au Québec, notamment celui de l'hyper-concentration qui cause une uniformisation idéologique de l'information. Qu'est-ce qui vous préoccupe dans l'état actuel de la presse au Québec?

Jacques Keable (J.K.) : La concentration, c'est un vieux sujet et les gens de mon âge hésitent à revenir avec ce sujet-là, parce qu'on a l'impression d'ennuyer le monde, alors que pourtant le problème existe, qu'il s'est amplifié au cours des dernières décennies. C'est comme si on s'y était habitué. On devrait se révolter, s'élever contre ça, lutter contre la concentration, mais c'est comme si on prenait ça pour acquis, qu'on prenait ça pour une fatalité, qu'on laissait faire.

Il suffit de penser que le leader de Québécor est en politique et va vraisemblablement être élu chef du Parti québécois, peut-être éventuellement premier ministre du Québec. On a pas du tout de méfiance vis-à-vis des gens qui contrôlent l'information. Je trouve qu'il faut quand même en reparler de la concentration, parce que c'est une menace constante contre la liberté et la démocratie.

Ensemble : Vous dites que les médias de masse commerciaux et traditionnels refusent de reconnaître les divergences entre l'intérêt public et les intérêts économiques, financiers ou corporatifs de leurs propriétaires. C'est un problème à vos yeux?

J.K. : C'est un problème. Vers la fin du livre, je cite une étude relativement récente de la FPJQ qui a été reprise dans le rapport de Dominique Payette [NDLR : rapport du Groupe de travail sur le journalisme et l'avenir de l'information au Québec] dans laquelle on voit que 80% des journalistes du Québec reprochent aux médias de sacrifier l'intérêt public aux intérêts commerciaux. L'administration, les propriétaires des journaux prétendent que c'est pas le cas, mais si 80% des journalistes trouvent que c'est le cas quotidiennement, je crois qu'il faut croire les journalistes là-dessus.

Ensemble : Vous relevez le fait que, dans bien des cas, la clause de loyauté envers l'employeur interdit aux journalistes de critiquer ouvertement les intérêts de leur propriétaire.

J.K. : Dans le cas de Gesca, c'est très clair. C'est même plus clair, plus détaillé que dans les autres conventions. Les chroniqueurs ne peuvent pas écrire des choses qui sont hostiles à La Presse. Mais on ne définit pas ce que ça veut dire, d'être hostile à La Presse. Est-ce que être hostile à Gesca ou à Power Corporation ou à la Great West Assurance ou aux intérêts du pétrole que détient Power, c'est être hostile à La Presse? Ça, on le sait pas. Dans le cas des éditorialistes, ça va plus loin. Non seulement les éditorialistes ne peuvent pas être hostiles à La Presse, mais ils doivent véhiculer son orientation idéologique.

Sauf que c'est un texte que personne connaît qui daterait de 1972 que La Presse refuse de rendre public. Je l'ai demandé, je ne l'ai pas eu. Je l'ai demandé au syndicat des journalistes de La Presse et ils ont dit qu'ils ignoraient ce qu'était ce document-là. On peut présumer ce qu'est l'orientation idéologique de La Presse : capitaliste, mondialiste, fédéraliste, etc.

Ce sont des spécifications dans le cas de Gesca, mais dans toutes les conventions collectives dans les médias, il y a  une clause - en général, c'est l'article 1 -  qui dit que le propriétaire demeure le grand patron, responsable du contenu, responsable de l'embauche, etc. C'est qu'au fond, tout le code du travail est fait comme ça : dans toutes les entreprises, les employeurs ont tous les droits à l'intérieur des limites des lois d'application générale. À l'intérieur de ça, il faut que les syndicats aillent gruger miette par miette les pouvoirs qu'ils peuvent avoir. En général, ce qu'ils réussissent à obtenir, c'est des salaires qui ont de l'allure, des conditions de travail, etc., mais pour ce qui est du contenu, du contrôle sur le contenu, ça, c'est barré, c'est limité.

Les journalistes n'ont pas le contrôle sur le contenu du journal.

Ensemble : Ce que vous dites, c'est que les journaux véhiculent une orientation idéologique à laquelle les journalistes, en particulier les journalistes d'opinion, sont tenus de se conformer. Cela ne contredit-il pas le discours sur l'indépendance professionnelle des journalistes et l'idée qu'ils sont neutres et impartiaux?

J.K. : Qu'un journal ait une orientation, ce n'est pas grave, surtout si le journal ou le média affiche cette position-là. Je pense que c'est le cas d'Ensemble : on sait où est-ce que ça loge. C'est écrit. Si on regarde sur le site Internet, on voit qu'il y a des principes qui guident le journal. On sait à quoi s'attendre. Ce qui est gênant, dans le cas des journaux aujourd'hui, c'est que ce n'est jamais écrit. On ne le sait pas. Ce qu'on nous dit, c'est que ce sont des journalistes honnêtes qui font honnêtement leur travail, qui sont objectifs, neutres, indépendants, mais on sait que ce n'est pas vrai. Ça ne peut pas être vrai. Ça n'existe pas un média qui n'a pas une orientation. C'est rigoureusement impossible.

Il n'y a pas un média où il n'y a pas des choix qui sont effectués en terme de couverture, par exemple. Quelle importance on accorde aux sports, à la politique, au monde du travail? Ce sont des décisions qui se prennent et il y a quelqu'un qui les prend ces décisions-là. Qui ça peut être dans un média? Forcément, c'est le boss du média qui prend ces décisions-là. Et qu'est-ce qui peut nous faire accepter l'idée que ce propriétaire qui prend ces décisions-là va prendre des décisions qui vont contre ses intérêts? Ils sont quand même pas fous ces gens-là! C'est pas vrai qu'ils vont diriger des entreprises qui vont lutter contre leurs propres intérêts. Ça va de soi.

Alors, quand c'est concentré, quand c'est des gens qui pensent la même chose, ils peuvent se concurrencer au niveau commercial, mais au niveau des idées défendues, forcément c'est les mêmes idées.

*

À lire prochainement dans Ensemble, la seconde partie de cette entrevue : Retour sur une expérience de journalisme critique et progressiste. «À Québec-Presse, on suivait d'une certaine façon l'actualité en essayant de la regarder d'un poste d'observation qui n'était pas celui du patronat ou de l'ordre en place, de l'ordre établi. On essayait de voir les événements du point de vue des forces de gauche, de manière générale, du point de vue des forces progressistes. C'est de ce point de vue-là qu'on essayait de regarder la réalité et de la transmettre, de la décrire, de l'analyser. Parce que le poste d'observation change tout, évidemment.»

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